jeudi 20 novembre 2008

EUROPANALYSE > Démonstration

Il convient de démontrer les transformations d'analyses-en-synthèse en synthèses-d'analyse, dans le sens d'une refondation de la phénoménologie. L'élément démonstratif chez Husserl est l'adéquation entre intuition et donation et donc l'ajustement de la méthode éidétique avec la méthode constituante. Or Husserl s'en tient à une version grecque et pré-mathématique du démontrer qui consiste, dans les deux cas, à poser un objet préalablement visualisé et extrait d'un horizon indistinct, puis à l'exhiber à titre de preuve. L'europanalyse rompt avec ce procédé de démonstration par objectivation visualisante, pour chercher plus en profondeur, sur le terrain husserlien lui-même, une preuve par le vécu. Il existe en effet entre le vécu et le signifier une relation interne originaire, non visualisable, à partir de laquelle l'adéquation entre intuition et donation apparaît comme une déformation déjà complexe et externe. Ainsi la temporalité, présentée à tort par Husserl comme l'essence de l'homme, se résume ici à un éprouvé temporel chargé de rendre le sens à-vif dès avant la conscience et donc toute temporalisation (qui est essentiellement rapport au monde). (1990)

EUROPANALYSE > Analyse

La Krisis est un effondrement distinctif à même le réel appelant une méthode résolument analytique ; elle annonce une Kritik connaissante rigoureusement adaptée, l'europanalyse, et toutes les analytiques philosophiques en dérivent en dernière instance. S'originant à même le fundus (en creux) européen, et en tant qu'analyse interne pure, elle ne pratique pas la synthèse a priori des philosophies transcendantales. La notion d'analyse réelle est développée à partir d'une phénoménologie pure elle-même déduite de la phénoménologie husserlienne et autonomisée. Krisis 2 achève d'étendre l'interne (d'abord limité aux relations sensibles, chez Husserl) aux idéalités sises dans ce lieu phénoménologique pur. (1990)

ENDOCEPTION > Invention

La perception extérieure n'existe que sous condition d'endoception saine, faisant de la première une simple excroissance pathogène. L'endoception caractérise le réel européen, un domaine analytique obtenu par généralisation du thème antéprédicatif husserlien. La philosophie réduit le terme au concept et voit en toute analyse une synthèse potentielle, ce qui définit la prédication. L'europanalyse est analyse à même le réel sur la base de l'endoconcept, là où l'interne enveloppant et l'externe en développement sont identiques. L'endoconcept constitue la dimensions sémantique inventive de l'engrammatique a-grammaticale ; l'antéprédication endoconceptuelle convertit les analyses tendanciellement synthétiques en synthèses effectivement analytiques ; en bref europe se substitue à Europe sans la nier, sans espérer non plus son émancipation ou son éveil rationnel (Husserl). Europe philosophie reste à jamais "en plan" face au réel impressionnel et ignore l'humanité s'inventant elle-même à partir d'elle-même. (1999)

ECUMENE > Transduction

L'essence de la vie humaine est une apparessence interne formant géométral de sens (opposée à l'ex-hibition du phaïmenon grec). L'expression "transduction interne" s'applique cette existence habitée ou transitée par la donation même de l'immédiat. La transduction est donc aussi répétition, naissance continuée à l'Un, ce qui dépasse le concept de décision libre. L'éprouvé humain s'effectue dans un dimensionnal plus large que toute dimension objectivable ou même subjective ; d'où la notion d'écumène qui désigne un tel géométral interne, une surface habitable im-mense consonnant avec ce que la cosmologie moderne suppose sans le pouvoir le formuler extérieurement, et pour cause : un Univers interne d'incise. (1990)

lundi 17 novembre 2008

PENSEE > Lebenswelt

Selon Husserl, dans la Lebenswelt (monde la vie) se synthétisent antéprédicativement les énoncés. Cependant, en un sens, ces synthèses passives demeurent temporalisées et donc associatrices, occultant un antéprédicatif de la pensée elle-même, un monde-de-vie de la pensée proprement irréductible (l'épochè au sens husserlien ne la regarde plus). La différence néotico-noématique est relativisée. D'ailleurs les pensées de Husserl ne sont pas seulement thématisantes ; elles pratiquent aussi l'auto-analyse (s'ôtent les unes les autres en se creusant) sans jamais se boucler en système. Un continuum auto-analytique est palpable, constitutif de l'écriture de Husserl, mais sans laisser émerger complètement l'essence interne ou affective de la pensée. (1999)

ECRITURE > Invention

On distingue la grammaire, qui règle les contacts entre les mots dans l'espace, et l'engrammatique qui est la science du contact-en-tact. Celle-ci renvoie les synthèses grammaticales à une épaisseur analytique réelle. L'écriture inscriptive ou la mystique de pensée ne sont nullement réflexives : l'ingénieux se remplit en se vidant, et plus précisément s'in-cline en se versant en arrière, selon un processus d'inspiration (Erhebung) qui comprend toujours les deux phases d'aspiration (Hebung) et d'expiration (Aushebung). Autrement dit l'écriture inventive procède cliniquement (anaklitos, c'est se reverser en arrière) et non prospectivement. Cette structuration reprend plus généralement les lois de différenciation stéréonomique qui caractérisent l'intégralisation, processus opposé l'intégration philosophique. Existe une intégrale de pensée en épaisseur faisant figure de zigzag, à l'opposé du cercle réflexif des philosophes et différent du trait des déconstructeurs. En l'occurrence l'oeuvre publiée de 1982 à 1994 forme un même zigzag d'écriture inventive, conciliant la profondeur engrammatique avec une nécessaire exigence communicationnelle. (1999)

ECRITURE > Inscription

Suivant la définition même de l'Aushebung, l'é-criture inventive s'ôte de soi en creusant en soi et s'ef-fondre en in-scription vive. Toute écriture descriptive suppose une telle inscription préalable. De même la lecture vive suit un axe d'effondrement impressionnel, traversant en diagonale les masses expressionnelles apparentes. Alors écriture (interne) et lecture (externe, mais non extérieure) font résonance, en parfaite stéréonomie. Ecrivain et lecteur ne sont pas d'abord communicants mais immanents, engagés également dans l'écriture im-mense. (1999)

CIVILISATION > Union sacée

Comment fonder une communauté immune, hors espace-temps, qui soit Union sacrée originée en chaque solitude d'homme ? Comment accéder de nouveau à l'Ecriture, sans toucher à celle-ci, sans interprétation superflue ? Il y va d'un tact, d'un toucher qu'interdit de fait la démonologie démocratique instituée. Un bain immunitaire immense fonde toute communauté ultérieure (en dehors de toute initiation sectaire, bien sûr), tandis que le sacrifice est la première régression symbolique vers une "adculturation" généralisée. La pensée mystagogique réelle se babélise en théo-mysto-logie, mais inversement ne cesse ne faire incise, de s'infiltrer via une mystique certes encore acculturée. L'europanalyse, constituée ici, se veut précisément autolyse ou création mystagogique de soi, par rétrocession du Soi culturel au soi individuel. Ce n'est pas une théorie de la passion, voire de la passivité (comme chez M. Henry), car celles-ci ne sont que retours effectifs, ou actions réversives, à partir de l'affect mystagogique interne. En l'union sacrée, un ressac civilisateur se produit à chaque mise à sac culturelle, une sorte d"instinct de mort" intrinsèquement analytique. S'ouvre la voie d'une europe religieuse ou sacrée comme recueillement de l'homme immun : d'abord recueillement du soi réel dans le Soi culturel (résolution en moi de la réduction au Soi), puis expansion du don et accueil de la compassion universelle, dans un échange qui n'est plus d'ordre symbolique mais aisthesique. (2001)

CIVILISATION > Culture

Une distinction s'impose entre la culture européenne colonisatrice, fruit de l'expansion du kosmos gréco-occidental, et la civilisation judéo-chrétienne réelle. La première se fonde sur une philosophie dissimulant le réel à proportion qu'elle répand ses pseudo-lumières ; la seconde, loin d'être l'héritage ou la tradition que l'on croit, s'insinue et progresse réellement en sensibilité malgré sa régression culturelle programmée. En elle se loge le sacré réel dépouillé de toute enveloppe religieuse, et cependant porté par un katholicos communiant dans l'Amour. La culture des Lumières, cette hallucination collective, n'a fait que retarder proprement le règne néo-testamentaire, l'édification d'une Ecclesia (Eglise) authentique. Ce retard est un fait de culture positif à sa manière, qui ne saurait être comblé ; d'ailleurs, la méthode europanalytique ne procède nullement d'une Archè originaire et ne prône pas un retour à la tradition. Procédant tout autrement, méthodiquement, elle s'engage à donner de la religio civilisatrice une version réelle qui soit d'emblée en avance de soi vers soi. A l'échelle sociale, la précompréhension du profane par le sacré est constitutive d'une relatio qui est immunité, amour, et non simplement fantasme communautaire ou politique. L'idéal démo-démonocratique est imbu de fanatisme physico-mathématique ; et ce n'est pas revenir à la métaphysique que d'écarter une philosophie globalement épistémologique, basée sur un Theos-sujet dont on ne peut nier l'origine théologique. (2001)