jeudi 18 décembre 2008

KATHEKEIN > Suite lyrique

L'écriture inscrivante se fait l'écho vers plus de lisibilité culturelle des trois temps continus de la suite lyrique, depuis le kathêkein en son essence immanente et sacrée vibrant et retentissant jusqu'au sommet plus évasé de la cathédrale. Opposé au mouvement expressif dialectique et totalisant de Hegel, la suite zigzagante logico-lyrique est remuement transsubstantiateur en fluidité impressive. L'atmosphère fluide en glissé pousse plus loin l'intra-tactuel initial, par le remuement même comme alternance du sidérant (vapeur) et du sidéré (eau). L'impression va s'exprimant et se structurant par vagues successives et néanmoins immanentes : preuve par épreuve, épreuve d'épreuve, épreuve vive par preuve. Ce qui effectue encore : 1) une en-position initiale d'atmosphère auto-affective formant le cadre aspirant de la Hebung, comme un port en déport), loin en tout cas de la thesis hégélienne ; 2) un passage en glissé vers l'Aushebung (s'omettre de soi en creusant), comme un déport quittant le port, coulant en épreuve d'épreuve : le calice-Occident est ainsi ouvert laissant place à l'inspiration, l'idée moderne de Polis est europanisée depuis l'eocumène comme espace d'habitation immanent ; 3) une affectuation de l'affect par l'Aushebung creusante, culturellement aveugle, mais illimitant les limites effectives et conceptuelles. Celles des sciences classiques dont le désert spatio-temporel tend à s'auto-dévorer, celles des espaces de contact mondianisés comme hallucination générale proto-pathologique. L'eau et le feu entr'agissent et fusionnent dans une coulée d'eau-de-feu sacré. En résumé, la structure triadique réelle (Hebung, Aushebung, Erhebung) évoque un port (1) qui se déporte (2) comme report insurrectionnel (3), trois incidences qui accentuent sans projecteur le corps noir du sacré. (2001)

KATHEKEIN > Sidération

L'homo viator, le sidéré, écrit son oeuvre au noir dans le corps lumineux de son fer (sidéré = "astre de fer"). Dans l'abyssal et informel monde de la vie s'établit la cathèdre, siège de la cathédrale européenne (et non Européenne, philosophique et politique). L'univers d'europe est un totem sans tabou et sans culte présent seulement en interne, ce qui signifie que les sidérés du totem européen l'emportent dans leur vie. Ce kathêkein vibre et frémit immensément dans le tact des sidérés, lesquels éprouvent cette élévation en immanence courbe et torsionnante, auto-affectante, comme enthousiasme (enthousiasmos) et transport sacré. Le culturel inhibant et sidérant se voit imbibé et littéralement infecté par le réel sidéré. Nous sommes d'ors et déjà dans la civilisation d'immanence, en effondré d'univers. L'Univers extérieur se rentre littéralement, s'ef-fondre en affect, et avec lui la philosophie-monde. Au sein du kathêkein, la problématique "Homme" est aspirée par une emblématique d'univers, qui foncièrement intranquillise l'homme. Les aspirations humaines s'éprouvent désormais à même l'inspiration. Dans cette épreuve d'épreuve (qui fait suite à la preuve par épreuve), les sidérés embrassent le sacré le plus immanent, tel qu'une cosmologie interne s'imprime en eux endoceptivement (l'endoception est aspiration d'aspiration, après l'endoconception simplement aspirante, qui elle-même fait suite à la perception philosophico-naturelle). La pensée comme fluctuation en interne a bien pour vocation d'unir (et non d'unifier) autour du kathêkein, et c'en est quoi elle demeure noyau civilisationnel. En ce sens l'union est le nom même du réel, l'ignification en interne. Une ignification mystique accompagne toute pensée inventive (ou réelle) en univers interne. Mais cela suppose aussi une ignification préliminaire de la culture - et de l' Europe - en europe, évidemment sans effectuation violente mais par affectuation vive. La seule violence étant peut-être, pour tout un chacun, de se voir comme vide sidéré de réel. Alors le sidéré n'échappe pas l'enthousisasmos sacré et unitif du kathêkein, l'abîme au bord duquel s'installe la vraie civilisation du feu. Deux aspects ou deux moments de la logique sidérative ont jusqu'ici été précisés : un premier qui voit les pseudo-preuves s'estomper tendanciellement par épreuves, puis un second où les épreuves s'éprouvent elle-mêmes par épreuves en un continuum vraiment inventif. Il reste une troisième phase, qui tient compte explicitement du fait que les preuves techno-scientifiques se sidèrent elles-mêmes comme structures d'induction, et non comme clôtures ou résultats absolus. Autrement dit l'aspect "technique" ouvert à toute applicabilité de la preuve (qui glisse déjà vers l'épreuve) a révolutionné la "science" avide seulement de vérification par preuve. Il convient donc d'assumer ce fait sidérant philosophiquement selon lequel la techno-science, en elle-même, s'avère compatible avec la logique réelle sidérative. La preuve devient par principe inhérente à l'induction interne et perd son aspect culturel dominant. Ce troisième résultat (l'épreuve par preuve) élargit et généralise le principe d'épreuve par épreuve par celui d'une auto-correction de la génération inspiratrice, processus qui n'est autre que celui du "zigzag" théorisé ailleurs. Cette suite logique en trois temps continus peut être comparée à une "courbe d'Univers", mais seulement en impression ou en épaisseur interne, son tracé ne faisant qu'indiquer l'effondrement du culturel Européen. (2001)

jeudi 11 décembre 2008

INVENTION > Europanalyse

Un texte de recherche, dans lequel l'invention est en train de se faire, combine l'analyse réelle antéprédicative avec la présentation externe unidimentionnelle ; il livre non seulement des résultats synthétiques mais aussi sa propre gestation continue. L'invention n'est autre que le réel de l'interne, là où les sciences scientifiques distinguent la pensée (intérieure) et le réel (extérieur), là où la culture partage la philosophie et les sciences. Leur unification europanalytique est en marche. D'ailleurs les sciences forment malgré elles une sorte de grand texte en invention, dont l'unité publiée est l'article davantage que l'ouvrage à valeur temporaire. Les coupures décisives qu'enregistre pour sa part l'épistémologie ne sont que phénomènes en surface expressionnelle, ignorant l'antéprédicatif. A fortiori, les textes europanalytiques constituent un seul texte en invention antéprédicative, par-delà ces îlots communicationnels que sont les livres publiés. La méthode par laquelle le texte s'auto-révèle en textes locaux - lesquels se révèlent être un seul texte - s'invente elle-même sous les traits d'une esthétique culturelle transformant la méthode réelle d'aisthesis en phénoménopathie générale. Le texte de 1982 : Les fondements de la phénoménologie husserlienne souligne déjà une em-pathie caractéristique du texte phénoménologique husserlien, permettant d'émettre l'hypothèse d'une "phénoménologie première". Le thème de l'intersubjectivité fait symptôme en résistant à la discipline de l'épochè phénoménologique, faisant vaciller la problématique de l'objectivation transcendantale basée sur le couple noético-noématique. La phénoménopathie substitue à cette problématique une emblématique de l'objectivité réelle. Le Logos philosophique s'avoue hanté par un Réel anté-philosophique à laisser inventer ; en l'occurrence le code programmatique de la phénoménologie se révèle engrammatiquement encodé. L'équation problématique mise en avant par Husserl dans les Recherches logiques, à savoir signification = sens, se mue emblématiquement. Ce premier essai phénoménopathique est poursuivi, "transformé" dans le texte de 1989 : Le Principe d'existence, un devenir psychiatrique de la phénoménologie husserlienne, en lequel la théorie de la connaissance est globalement renversée en clinique. Si la mise en position-dans l'interne (Hebung) de la différence sens/signification était l'objectif du texte de 1982, celui de 1989 transforme cliniquement la problématique des psychiatres phénoménologues (celle du "contact" entre médecin et malade, projetée par eux dans la situation intersubjective) en endoproblématique. Le problème de la transsubstantitation du contact en tact, de la connaissance en co-naissance, du phénoménologique en phénoménopathique, etc., est prise au sérieux et aboutit à une emblématique réelle. Si l'on se réfère à la méthode intégralisatrice zigzagante, qui fait "Hebung-Aushebung-Erhebung", le texte de 1989 effectue le "zag" du "zig" constitué par le texte de 1982. L'opération d'Aushebung a pour fonction d'exprimer-en-interne l'ordre de la Hebung impressionnelle (position-dans). L'Aushebung est la dialectique réelle oeuvrant par transsubstantiation vive, et par donation engrammatique plutôt que par grammaticalisation. La "protophore" est le terme employé ici pour désigner la détermination affectuante : il s'agit d'un trope réel capable de faire vaciller cliniquement le grammatical. De 1982 à 1989, en un premier zigzag, la recherche inventive a donc fait émerger la notion de référence interne, par-delà la problématique de l'intersubjectivité. En 1990, l'ouvrage : Introduction dans l'europanalyse constitue une seconde Hebung assumant la première de 1982. L'auteur y poursuit la transsubstantiation en rebasculant le contact-en-tact de 1982 (gagné sur l"intersubjectivité) en tact immense, c'est-à-dire en europe. Ce terme désigne l'aspiration de toute problématique dans une emblématique, de toute grammaire dans une engrammatique, ou encore de toute synthèse a priori dans une analytique réelle. Bref l'Europe-philosophie déterminée et déterminant tout réflexivement bascule en europanalyse immanente. Sous l'Europe édifiée péniblement, a lieu l'effondrer en acte qui est précisément europe. Une écriture qui se veut davantage impressionnelle rend la lecture de l'ouvrage difficile, exigeant un engagement sans retenue du lecteur. Plus de fixation référentielle, comme en 1989 : la seule référence interne de la protophore est europe. L'écriture impressionnelle imprime en tact l'avancée dans le réel. Le texte de 1994 : Prolégomènes à une méthode d'europanalyse reprend contact avec le "contact-en-tact" et cherche à nouveau à endoconceptualiser europe, en une seconde Aushebung ou "zag II" qui s'hôte comme contact de toute l'emblématique du précédant tact. Du coup l'écriture redevient expressionnelle à même l'impressionnel, pointant la question de la référence réelle de l'europanalyse. Le problème de la référence interne est résolu par la méthode d'intégralisation (différenciante) au titre de l'inférence clinique, où connoter revient à dénoter et où donner s'assimile à réduire. Parallèlement temps la méthode d'invention est découverte, thématisée, développée, en attendant d'exprimer prédicativement la méthode de découverte elle-même. En effet il s'agira de désigner et de re-grammaticaliser ce qui pour l'instant appartient au registre engrammatique et antéprédicatif, à savoir un domaine d'inventivité intrinsèque de la pensée réelle. (1999)

INTEGRALISATION > Réflexion

En dehors de l'Europe philosophique qui pratique la totalisation conceptuelle, tout en générant son auto-déconstruction, il existe une troisième voie, celle de l'intégralisation. Loin de toute intégration totalisante, cette construction généralise plutôt l'intégration mathématicienne en la portant au plan qualitatif. Il s'agit donc d'une "intégrale-de-pensée" articulant des différenciations ou des "différentielles". En langage europanalytique, on dira que l'intégralisation réalise le zigzag généalytique immanent. Les concepts ne sont plus exprimés réflexivement, selon le mode d'écriture philosophique également majoritaire, mais cliniquement dans leur engrammation endoceptuelle, à rebours de la fonction de communication. L'europanalyse ne fait rien d'autre qu'imprimer qualitativement, au niveau antéprédicatif qui lui est propre, ce que les sciences scientifiques expriment quantitativement (en tant que recherche et non savoir constitué, la science participe bien de l'intégralisation). Par définition la réflexion philosophique est circulaire, à partir du problème qui lui sert de prétexte, et unitaire puisqu'elle ne peut résoudre un problème qu'en faisant Un du Deux. Sa forme est tendanciellement celle d'un système en devenir, voire le système du devenir qui culmine dans la pensée de l'histoire. A la thèse d'une fin de l'histoire réalisant le Concept (Hegel) a succédé une pensée (de la) limite tentant de faire advenir les concepts comme autant d'événements (Deleuze). Mais le but de l'europanalyse n'est pas tant la transgression philosophique, encore réflexive, qu'une analyse purement clinique en inflexion de la pensée pathologisée en réflexion. D'une part l'"éducation" du lecteur passe par son investissement dans la pensée à même la pensée, et son acceptation du réel interne absolu comme seule "(in)formation" initiale. D'autre part il faut admettre le principe d'une clinique homéopathique, procédant à même la pensée philosophique, et basée sur un "tact" sensible (tactation, palpation) beaucoup plus que sur une tactique culturellement déconstructrice. Car la dé-construction dépend en réalité de la généanalyse en zigzag (intégralisation), elle n'est qu'un mode encore post-réflexif de l'ef-fondrement immédiat en mode antéprédicatif. Même si, avec un philosophe comme Deleuze, la pensée semble dérailler des sillons prédicatifs, cela reste un phénomène de surface qui ne fait pas pénétrer dans l'interne de pensée. Seule l'europanalyse peut énoncer intégralement la loi essentielle de la forme Europe philosophie comme fondation thérapeuthique destinée à combattre une triple pathologie. Nommons d'abord exoception cette tentative d'échapper par soi-même au cercle réflexif, bien que cette dernière tendance ne fasse qu'exprimer superficiellement ce qui est imprimé emblématiquement Puis est nommée la nociception, qui accentue le déraillement exoceptif et simule des actions belliqueuses de la pensée contre elle-même, faute de connaître la véritable Aushebung qui est l'acte d'un "s'ôter" de la pensée en creusant. Vient enfin la xénoception qui consiste à vouloir assumer la réflexion - jusqu'au délire - (Hegel), en la coupant du réel, en déniant l'expérience endoceptive pourtant déjà là à même la réflexion, résistant depuis toujours au forçage culturel. La culture se présente en effet comme une intériorisation de ce qui relève en droit et en fait d'une internalisation continuée. (1999)

jeudi 4 décembre 2008

IN > Un

L'Un désigne le réel tel quel, en dehors de toute réduction phénoménologique ou autre opération excisive. Mais, au-delà de ce qu'il indique négativement et inductivement (le seuil du désigné, au-delà duquel les excisions n'ont plus cours, à poser-et-supprimer immédiatement), l'Un évoque la tenue dans une apparence interne qui mérite plutôt le nom d'In. Si l'Un est le nom absolu du réel, l'In désigne sa "substance" pure, soit l'interne. L'In profite du sacrifice opéré (encore ) par l'Un en tant que simple mot ; l'In est aussi, et réellement, co-naissance au réel. (1990)

IMMENSITE > Idéalisation

Le processus idéalisateur inhérent à toute philosophie se nomme : déviation greco-philosophique de la Krisis européenne. En-europe, un dimensionnal d'incise respecte l'espace perceptif brut, sans le pré-engager dans un espace sémantique homogène. En Europe gréco-philosophique, au contraire, le connaître n'est validé que s'il se donne aussi à percevoir (en philosophie ancienne et moderne), et réciproquement le perçu n'existe comme tel que s'il se donne aussi à connaître (dans les phénoménologies contemporaines). Ce renvoi mutuel - en forme d'aller retour - du percevoir et du connaître forme une immensité philosophique flottante, à quoi l'on oppose l'immensité d'incise européenne, dérivée du fundus humain non idéalisé. (1990)

lundi 1 décembre 2008

IMMANENCE > Lebenswelt

On sait que Hegel tente de recomposer dialectiquement l'égalité de la pensée et de la vie, de refaire relationnellement l'immédiat. Mais l'intervalle absolu où cette équation si problématique de la pensée et de la vie devient pensable relève d'un non-lieu, que seul le dernier Husserl a commencé de découvrir. Il est clair que la découverte du monde-de-la vie (Lebenswelt) préfigure celle de l'immanence. "Entre" (historiquement) le sensible de Hume et le catégorial de Kant, Husserl perçoit une vie autonome, un "monde" structuré antéprédicativement. Comment restituer dans sa force antéprédicative cette identité de la pensée et de la vie, par-delà l'échec (ou le succès, c'est selon) de Hegel, lequel ne connaît que les synthèses prédicatives a priori ? Il convient de mettre en analyse ces dernières afin de retrouver une inventivité de pensée. Désormais la "science de la logique" doit être interne et analytique, ce qui n'interdit pas certaines formes de synthèses à des fins de communication. D'ailleurs l'interne et l'externe, l'antéprédicatif et le prédicatif "communiquent" en un geste dénommé ici "écriture", où le filigrane de l'invention transparaît derrière le calligramme de la communication d'ordre culturel. Un ars inviniendi identiquement théorique conduit le lecteur vers l'interne, l'inventio in effectu donne lieu à une science de l'invention. Celle-ci peut prendre appui sur Husserl et sa terminologie dans la mesure où, chez lui, l'écriture en-analyse tend à miner les présentations en-synthèse, l'invention débordant constamment la communication. (1990)

HYPERSPECULATION > Immensité

L'hyperspéculation est ce qui effectue le philosophique en le grec selon deux grandes directions d'immensité (immensité comme habitus du grec), lesquelles font synthèse dans le con-tact gréco-philosophique. La première est la culturalisation de la pensée d'Aristote ou le passage à l'acte généralisé des essences à l'existence. La seconde provient du ressort perceptif brut, elle se manifeste comme pensée sensible à efficace culturelle : on peut alors parler d'une pensée-Nietzsche à côté de la pensée-Aristote. Double superlativité de la connaissance et du goût qui fait synthèse d'immensité. (1990)

HYPERSPECULATION > Contact

L'unité gréco-philosophique s'effectue par un con-tact sans tact de l'exoception philosophique et de la nociception grecque, deux modes appartenant encore au registre réflexif. C'est dans ce registre aussi que s'effectue l'hyperspéculation conjoignant les deux axes immenses de la pensée-Aristote et de la pensée-Nietzche. Mais la relation entre exoception et nociception est originairement interne, et l'hyperspéculation effective est précédée de droit d'une hyperspéculation pure fondatrice (fundus) qui respecte le réel en krisis. (1990)

HOMME > Interne

Le sens même de la signification fait problème lorsqu'elle n'est pas pensée comme transition vécue, dénivellation pure d'expérience pré-personnelle et pré-culturelle. L'existence humaine est d'abord krisis ou analyse continue. Toute la problématique éidético-culturelle de l'un et du multiple, dont se nourrit la crise philosophique des consciences, n'est qu'une retombée idéologique d'une krisis en interne où les différences incisives structurent immédiatement et réellement l'Un humain. L'altération (altérisation) vive n'est jamais aliénation pathologique, et n'est pas structurellement ek-statique comme le Dasein. Partant, aucune réduction n'atteint la duction absolue ; l'épochè cherchée vainement par Husserl n'est pas un aboutissement mais un départ définitivement réussi. Elle relève d'un ef-fondrement et d'un en-creux sur lequel le devenir temporel n'a pas de prise. Les philosophies contemporaines théorisent l'écart et la différence sans rendre justice à l'encart d'expérience d'où elles procèdent fondamentalement (fundus (creux, caverne) et non Boden (sol)). (1990)

GREC > Histoire

Toute ligne de fuite spatio-temporelle est prélevée sur un faisceau de lignes de perte qui forme un géométral interne. Alors l'origine grecque de la philosophie ressortit bien, ascendantalement, de l'europe interne. Il y a deux concepts d'histoire, assez différents. Le premier, exprimant " ce qui se passe" au sens gréco-philosophique, se dit Geschichte en allemand ; le second, au sens d'une méthodologie scientifique, est Historie. Mais la philosophie opère - et dissimule - sa propre suture au grec par un troisième principe - le sujet - qui unifie le temps collectif. De ce fait le lien entre grec et philosophique est interne (l''un vérifie l'autre), faisant rétroréférence. Le grec, comme le philosophique, sont apposés à europe. (1990)

GEOMETRAL INTERNE > Homme

Dans l'à vif transitionnel humain, les lignes de fuites dimensionnelles et horizontales s'effondrent en lignes de perte dimensionales, sans fond ni horizon. La réalité humaine est infiltration pure où existence et sens rétrofèrent mutuellement puisque les lignes de perte s'effondrent simplement les unes sur les autres, n'assemblant ou ne dilapidant aucune substance. Demeure un réseau vif de disparitions nommé "géométral interne" : monument jamais présent comme tel, il se constitue plutôt comme ambiance humaine pure. Au contraire le culturel grec institue le monument comme présence constante, et d'abord présence de la philosophie comme sujet transcendantal. (1990)

GENEANALYSE > Zigzag

En tant qu'adéquate au réel immanent, la généanalyse se produit comme une synthèse-en-analyse ou entrée en-analyse continue. Elle substitue aux descriptions du Logos médiateur une inscription basée sur l'apposition au réel et non sur un réflexe de position transcendantale. Or la méthode intuitive d'inscription, assumant la crise absolue de la pensée-espace, s'avère une création en zig-zag (ainsi que Husserl en fait lui-même la remarque). Un premier "zig" correspond à cette mise en inscription des descriptions, ou à cette immanentisation de la pensée sous son aspect transcendantalisant, tandis qu'un "zag" effectue dynamiquement ce sacrifice, confirmant le mode insurrectionnel de pensée. Il n'y a pas de solution ou d'éclaircie, mais immédiatement un renversement en arrière, une inclinaison (anaklitos) qui signe la clinique non réflexive ou l'acte analytique même. S'articulent donc un second zig et un second zag qui effectuent cliniquement une Aushebung : le fait de s'ôter en creusant, ou ef-fondrement interne. Il ne s'agit plus seulement d'inscrire la description en emblématisant toute problématique, mais de redécrire positivement l'inscription en reproblématisant, cette fois en emblématique : appelons ceci une "endoproblématisation". L'écartement (zig zag) ne ressortit plus à l'espace mais à l'épaisseur interne, à l'encart du réel traversé ou plutôt infiltré. Ce second moment transforme ce que Hegel appelle le moment de réflexion extérieure succédant à celui de la réflexion posante, unifiés tous deux par la réflexion déterminante. C'est cette phase essentielle qui reste à déterminer selon la loi vive d'invention du réel, en faisant l'économie de toute négation réexposante et de toute synthèse. Si une méthode immanente est découverte et oeuvrante dès les premiers zig zags, un troisième mouvement conduit plus positivement à une méthode de découverte. L'Aushebung elle-même n'est finalement qu'accidentelle au sein de l'essentiel, elle inscrit une distance en instance de réel. Il faut donc réemblématiser ce qui fut reproblématisé en emblématique, et réinscrire globalement ce qui fut redécrit en inscription. Finalement l'Hebung interne (aspiration) et l'Aushebung externe (expiration) n'existent que sous condition d'une Erhebung première ou "définitive", qui est la vraie inspiration insurrectionnelle, le contenu de la méthode clinique par preuve d'épreuve. (1999)

lundi 24 novembre 2008

EVENEMENT > Culture

On sait que la pensée de l'événement caractérise, globalement, l'ontologie du XXè siècle. Il s'agit moins d'une appréhension immanente du réel - malgré la proximité de l'interne, ou de l'immédiat, avec l'événementiel - que d'une manière encore philosophique et surtout culturelle de rejeter le réel comme interne, et de positionner la pensée par rapport à l'événement. De là le modèle cognitiviste en vigueur qui explique la fabrication de la pensée à partir des événements extérieurs. Plutôt que de lui opposer un humanisme éculé, considérons justement l'aspect événementiel de cette pensée de l'événement pour tout le XXè siècle, au point que c'est le XXè siècle - intrinsèquement - qui désormais peut-être dit événement majeur pour la pensée. Il y a une pensée-XXè siècle - l'ontologie de l'événement ou la fin de l'ontologie comme événement - qui se confond avec l'être-en-culture ou ce qu'on appelle par ailleurs la "sécularisation de la pensée", la culture n'étant plus ce qui est à penser mais le phénomène même de la pensée. Et c'est l'Europe dominante (américanisée, mondialisée, etc.) qui est censée incarner culturellement (commercialement, etc.) les vieilles représentations philosophiques de l'Etre à peine modernisées (l'entreprise, le marché, etc.), et donc la philosophie elle-même. Cependant, au-delà de cet événement culturel XXè siècle en Europe philosophie, il faut tenir compte de l'événement de pensée intrinsèque qui concerne l'europanalyse, et qui se forme à même la base antéprédicative de la pensée. Le réel ni ne se "pose" (à l'ancienne) ni ne parle ou "communique" (à la manière contemporaine, qui confond encore l'être et le réel via l'événement). La "logique" du réel n'est pas celle de l'Entziehen heideggerien, qui consiste simplement à se retirer ou se retrancher, mais celle de l'Aushebung au sens bien précis de s'ef-fondrer à même l'antéprédicatif. L'Aushebung consiste à effectuer une surrection-dans, une insurrection plus profonde et plus conséquente que les transgressions contemporaines qui se contentent d'utiliser l'abîme (en l'espèce, événementiel : le Mal, la Shoa, etc.) sans s'abîmer dans l'événement de la pensée. (1999)

EUROPE > Philosophie

"Philosophie", "Culture" et "Europe" sont termes qui s'équivalent : la philosophie, culturalisée, fait littéralement europe. Certes d'autres cultures existent sans être philosophiques en ce sens fondateur. Mais surtout une europe réelle, abyssale, inspire désormais une europanalyse affranchie du phénomène culturel en général. (La philosophie, prétendant dépasser culture et opinion par la critique réfléchie, y parvient d'autant moins qu'elle se réalise surtout comme culture.). (1999)

EUROPE > Pensée

L'expression "europe" s'applique à une pensée en invention, équivalente au réel, mais occultée par la culture gréco-judaïque à dominante philosophique, soit l'"Europe philosophie". L'europe incarne l'événement immanent de la pensée, dans sa dimension antéprédicative et en mode d'effondré analytique, avant que la culture et le concept ne tentent de la relever (Aufhebung) en mode synthétique. L'identité de la pensée et du réel selon Europe philosophie relève seulement du rapport transcendantal entre l'intérieur et l'extérieur et ne concerne pas l'europe immanente. (1999)

EUROPANALYSE > Suranalyse

Dans Introduction à l'europanalyse la méthode europanalytique apparaît inévitablement tronquée, restreinte en "suranalyse" par une problématique partielle : la fondation de la philosophie, effectuée au chapitre 6. Les 2 premiers chapitres présentent d'abord les principes de la science en un paradigme I. Les trois suivants se développent en suranalyse faisant varier l'essence gréco-culturelle de Philosophie comme spéculation réflexive (chap. 3) ; ils déclinent une philosophie d'abord inhibée par rapport au grec (chap. 4) puis positivement exhibée (chap. 5). N'oublions pas que la démarche suranalytique s'implante en Krisis européenne réelle et participe donc d'une Kritik absolue : elle-même ne doit rien au grec. En un paradigme II confirmant le premier, l'europanalyse suranalytique parvient à fonder la philosophie en s'appliquant à elle. (1990)

EUROPANALYSE > Rétroréférence

En plus de la Fundierung, la phénoménologie pure emprunte au texte husserlien le concept de Rückbeziehung, la rétroréférence. Ce terme désigne une rétroaction des lois d'objets à l'intérieur de la phénoménologie sur la discipline phénoménologique elle-même. La rétroréférence généralise dûment le principe d'une prise d'appui des idéalités catégoriales sur les données intuitives, elle crée le domaine interne où l'empirique (étendu, dans l'espace interne de Krisis, à toute objectivité) fait loi pour l'idéalité, en l'occurrence la "phénoménologie". Ainsi généralisée, la rétroréférence justifie le principe même d'une transformation de la phénoménologie. (1990)

EUROPANALYSE > Philosophie

La Krisis européenne est à la fois le lieu et le moment où se distingue l'essence de la philosophie. En elle s'articule une Kritik europanalytique de la philosophie, une science nouvelle s'appuyant sur la phénoménologie pure, elle-même fondée sur la base du matériau husserlien critiqué puis réactivé. La référence n'est plus le modèle gréco-occidental de la connaissance, le cercle éidétique assurant fondement et légitimation, mais le XXè siècle réel prélevé directement sur le dimensional européen. Cette référence suffit pour fonder l'essence de la philosophie, même si son avenir effectif dépend de l'europanalyse. La phénoménologie a incarné la vocation transcendantale de la philosophie, mais aussi son impuissance à penser l'interne (bien que le transcendantal s'enlève sur l'interne). (1990)

jeudi 20 novembre 2008

EUROPANALYSE > Démonstration

Il convient de démontrer les transformations d'analyses-en-synthèse en synthèses-d'analyse, dans le sens d'une refondation de la phénoménologie. L'élément démonstratif chez Husserl est l'adéquation entre intuition et donation et donc l'ajustement de la méthode éidétique avec la méthode constituante. Or Husserl s'en tient à une version grecque et pré-mathématique du démontrer qui consiste, dans les deux cas, à poser un objet préalablement visualisé et extrait d'un horizon indistinct, puis à l'exhiber à titre de preuve. L'europanalyse rompt avec ce procédé de démonstration par objectivation visualisante, pour chercher plus en profondeur, sur le terrain husserlien lui-même, une preuve par le vécu. Il existe en effet entre le vécu et le signifier une relation interne originaire, non visualisable, à partir de laquelle l'adéquation entre intuition et donation apparaît comme une déformation déjà complexe et externe. Ainsi la temporalité, présentée à tort par Husserl comme l'essence de l'homme, se résume ici à un éprouvé temporel chargé de rendre le sens à-vif dès avant la conscience et donc toute temporalisation (qui est essentiellement rapport au monde). (1990)

EUROPANALYSE > Analyse

La Krisis est un effondrement distinctif à même le réel appelant une méthode résolument analytique ; elle annonce une Kritik connaissante rigoureusement adaptée, l'europanalyse, et toutes les analytiques philosophiques en dérivent en dernière instance. S'originant à même le fundus (en creux) européen, et en tant qu'analyse interne pure, elle ne pratique pas la synthèse a priori des philosophies transcendantales. La notion d'analyse réelle est développée à partir d'une phénoménologie pure elle-même déduite de la phénoménologie husserlienne et autonomisée. Krisis 2 achève d'étendre l'interne (d'abord limité aux relations sensibles, chez Husserl) aux idéalités sises dans ce lieu phénoménologique pur. (1990)

ENDOCEPTION > Invention

La perception extérieure n'existe que sous condition d'endoception saine, faisant de la première une simple excroissance pathogène. L'endoception caractérise le réel européen, un domaine analytique obtenu par généralisation du thème antéprédicatif husserlien. La philosophie réduit le terme au concept et voit en toute analyse une synthèse potentielle, ce qui définit la prédication. L'europanalyse est analyse à même le réel sur la base de l'endoconcept, là où l'interne enveloppant et l'externe en développement sont identiques. L'endoconcept constitue la dimensions sémantique inventive de l'engrammatique a-grammaticale ; l'antéprédication endoconceptuelle convertit les analyses tendanciellement synthétiques en synthèses effectivement analytiques ; en bref europe se substitue à Europe sans la nier, sans espérer non plus son émancipation ou son éveil rationnel (Husserl). Europe philosophie reste à jamais "en plan" face au réel impressionnel et ignore l'humanité s'inventant elle-même à partir d'elle-même. (1999)

ECUMENE > Transduction

L'essence de la vie humaine est une apparessence interne formant géométral de sens (opposée à l'ex-hibition du phaïmenon grec). L'expression "transduction interne" s'applique cette existence habitée ou transitée par la donation même de l'immédiat. La transduction est donc aussi répétition, naissance continuée à l'Un, ce qui dépasse le concept de décision libre. L'éprouvé humain s'effectue dans un dimensionnal plus large que toute dimension objectivable ou même subjective ; d'où la notion d'écumène qui désigne un tel géométral interne, une surface habitable im-mense consonnant avec ce que la cosmologie moderne suppose sans le pouvoir le formuler extérieurement, et pour cause : un Univers interne d'incise. (1990)

lundi 17 novembre 2008

PENSEE > Lebenswelt

Selon Husserl, dans la Lebenswelt (monde la vie) se synthétisent antéprédicativement les énoncés. Cependant, en un sens, ces synthèses passives demeurent temporalisées et donc associatrices, occultant un antéprédicatif de la pensée elle-même, un monde-de-vie de la pensée proprement irréductible (l'épochè au sens husserlien ne la regarde plus). La différence néotico-noématique est relativisée. D'ailleurs les pensées de Husserl ne sont pas seulement thématisantes ; elles pratiquent aussi l'auto-analyse (s'ôtent les unes les autres en se creusant) sans jamais se boucler en système. Un continuum auto-analytique est palpable, constitutif de l'écriture de Husserl, mais sans laisser émerger complètement l'essence interne ou affective de la pensée. (1999)

ECRITURE > Invention

On distingue la grammaire, qui règle les contacts entre les mots dans l'espace, et l'engrammatique qui est la science du contact-en-tact. Celle-ci renvoie les synthèses grammaticales à une épaisseur analytique réelle. L'écriture inscriptive ou la mystique de pensée ne sont nullement réflexives : l'ingénieux se remplit en se vidant, et plus précisément s'in-cline en se versant en arrière, selon un processus d'inspiration (Erhebung) qui comprend toujours les deux phases d'aspiration (Hebung) et d'expiration (Aushebung). Autrement dit l'écriture inventive procède cliniquement (anaklitos, c'est se reverser en arrière) et non prospectivement. Cette structuration reprend plus généralement les lois de différenciation stéréonomique qui caractérisent l'intégralisation, processus opposé l'intégration philosophique. Existe une intégrale de pensée en épaisseur faisant figure de zigzag, à l'opposé du cercle réflexif des philosophes et différent du trait des déconstructeurs. En l'occurrence l'oeuvre publiée de 1982 à 1994 forme un même zigzag d'écriture inventive, conciliant la profondeur engrammatique avec une nécessaire exigence communicationnelle. (1999)

ECRITURE > Inscription

Suivant la définition même de l'Aushebung, l'é-criture inventive s'ôte de soi en creusant en soi et s'ef-fondre en in-scription vive. Toute écriture descriptive suppose une telle inscription préalable. De même la lecture vive suit un axe d'effondrement impressionnel, traversant en diagonale les masses expressionnelles apparentes. Alors écriture (interne) et lecture (externe, mais non extérieure) font résonance, en parfaite stéréonomie. Ecrivain et lecteur ne sont pas d'abord communicants mais immanents, engagés également dans l'écriture im-mense. (1999)

CIVILISATION > Union sacée

Comment fonder une communauté immune, hors espace-temps, qui soit Union sacrée originée en chaque solitude d'homme ? Comment accéder de nouveau à l'Ecriture, sans toucher à celle-ci, sans interprétation superflue ? Il y va d'un tact, d'un toucher qu'interdit de fait la démonologie démocratique instituée. Un bain immunitaire immense fonde toute communauté ultérieure (en dehors de toute initiation sectaire, bien sûr), tandis que le sacrifice est la première régression symbolique vers une "adculturation" généralisée. La pensée mystagogique réelle se babélise en théo-mysto-logie, mais inversement ne cesse ne faire incise, de s'infiltrer via une mystique certes encore acculturée. L'europanalyse, constituée ici, se veut précisément autolyse ou création mystagogique de soi, par rétrocession du Soi culturel au soi individuel. Ce n'est pas une théorie de la passion, voire de la passivité (comme chez M. Henry), car celles-ci ne sont que retours effectifs, ou actions réversives, à partir de l'affect mystagogique interne. En l'union sacrée, un ressac civilisateur se produit à chaque mise à sac culturelle, une sorte d"instinct de mort" intrinsèquement analytique. S'ouvre la voie d'une europe religieuse ou sacrée comme recueillement de l'homme immun : d'abord recueillement du soi réel dans le Soi culturel (résolution en moi de la réduction au Soi), puis expansion du don et accueil de la compassion universelle, dans un échange qui n'est plus d'ordre symbolique mais aisthesique. (2001)

CIVILISATION > Culture

Une distinction s'impose entre la culture européenne colonisatrice, fruit de l'expansion du kosmos gréco-occidental, et la civilisation judéo-chrétienne réelle. La première se fonde sur une philosophie dissimulant le réel à proportion qu'elle répand ses pseudo-lumières ; la seconde, loin d'être l'héritage ou la tradition que l'on croit, s'insinue et progresse réellement en sensibilité malgré sa régression culturelle programmée. En elle se loge le sacré réel dépouillé de toute enveloppe religieuse, et cependant porté par un katholicos communiant dans l'Amour. La culture des Lumières, cette hallucination collective, n'a fait que retarder proprement le règne néo-testamentaire, l'édification d'une Ecclesia (Eglise) authentique. Ce retard est un fait de culture positif à sa manière, qui ne saurait être comblé ; d'ailleurs, la méthode europanalytique ne procède nullement d'une Archè originaire et ne prône pas un retour à la tradition. Procédant tout autrement, méthodiquement, elle s'engage à donner de la religio civilisatrice une version réelle qui soit d'emblée en avance de soi vers soi. A l'échelle sociale, la précompréhension du profane par le sacré est constitutive d'une relatio qui est immunité, amour, et non simplement fantasme communautaire ou politique. L'idéal démo-démonocratique est imbu de fanatisme physico-mathématique ; et ce n'est pas revenir à la métaphysique que d'écarter une philosophie globalement épistémologique, basée sur un Theos-sujet dont on ne peut nier l'origine théologique. (2001)

mercredi 12 novembre 2008

CINESTHESIQUE > Métaphore

Toute fondation (fundus) véritable engendre des lois internes. Ainsi s'avère infondé le principe de conversion idéalisante, qui marque le rapport externe du philosophique au grec, l'aliénation du philosophique à la grande politique culturelle grecque. Dans un cadre certes encore gréco-philosophique, le "principe des principes" auquel se réfère Husserl nous met sur la voie de l'endoception. La phrase : "toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connaissance" par exemple, vise une réalité antéphilosophique du sens interne (sensé et sensible), d'ordre cinétique immanent et non statique transcendant comme dans la loi éidétique (re-productrice) de la perception. La figure discursive correspondant à cette exigence cinétique est la métaphore, laquelle oeuvre par suites d'appositions non attributives et permet de penser en général la co-appartenance. La métaphore du penseur échappe aussi bien à l'hybris poétique, qui simule l'attribution et la différenciation conceptuelle. C'est encore le cas de Heidegger dont les métaphores spéculatives n'atteignent jamais au statut endoceptif, réel et fini. Il faut donc intégrer la simple cinétique métaphorique dans une cinesthésique d'instinct au nom du Principe des principes, l'endoception. (1990)

BIOSPHERE > Xénopathie

L'essence de l'homme relève d'un fundus qui est l'interne, seulement dicible par une logique endoceptive. Il existe une caverne humaine qui ne doit plus rien à celle de Platon, laquelle se laisse idéaliser et totaliser en biosphère dans le monde gréco-philosophique. La xénopathie correspond à l'ordre intérieur en tant qu'anesthésié, vécu comme xenon (étrangeté), au sein de chaque biosphère individuelle ou conscience. La xénopathie n'est pas seulement pathologique, mais avant tout pathique : elle introduit des hiatus, des disjonctions comme celle de la thesis et de l'in-position, qui dévoie l'interne en intérieur ou "intériorité". Sur fond d'aneshésie, le propre de l'ordre thétique est de déchirer, d'exciser la pseudo-unité biosphérique, tout au contraire de l'imposition de base inflexive, qui préserve l'unité vivante. La vie xénopathisée se confirme en vie apathique, aplatissement de l'à-vif par la technologie réflexive (et technologique), laquelle simule la sensibilité interne en re-produisant un intérieur fermé réflexivement. D'ailleurs, la philosophie réflexive étend son empire au fur et à mesure que s'amplifie l'essence technologique de la biosphère, et que se développent les découvertes. Ainsi le veut l'unité du programme gréco-philosophique. (1990)

mardi 11 novembre 2008

ASCENDANTAL > Transcendantal

Le transcendantal kantien se fonde sur un dualisme : la séparation du règne du droit et de celui du fait. En outre, les déterminations par la connaissance s'articulent autour d'une face-sujet (noèse) et une face-objet (noème). L'"ascendantal" au contraire procède d'une logique du sens unique, comme ce qui se passe dans la relation de lignage de père en fils. D'une part, ce lien de transition interne est réel plutôt qu'imaginaire ou même logique, d'autre part il dépasse la distinction du fait et du droit, laquelle n'est justement qu'une distinction abstraite et non un ordre réel comme le lien ascendantal. (1990)

APPOSITION > Opposition

La philosophie convertit les lignes de fuite positionnelles (les significations) dans un horizon d'opposition essentiellement dialectique. Cependant, le "retour aux choses" husserlien rend justice partiellement au fundus d'où émane l'énoncé-noyau appositif. Les chose ne se donnent pas d'abord liées mais en immanence absolue, d'où elles tirent leur valeur déterminante. A partir du "je" déterminant d'autrui s'éprouve déjà le principe de sens unique ascendantal. Ce que signale la virgule appositive (dans "Paris, ville lumière", par exemple), n'est rien d'autre que la ligne d'abîme interne (ou ligne de perte) des deux termes d'apposition en l'Un du fundus. L'auto-objectivation philosophique, au contraire, se nourrit de la réciprocité relative qu'implique toute relation prédicative (avec la copule) entre le terme apposant et le terme apposé. (1990)

Bibliographie de Serge Valdinoci

Livres

1982
Les fondements de la phénoménologie husserlienne, Nijhoff
1988
Le principe d'existence. Un devenir psychiatrique de la phénoménologie, Nijhoff
1990
Introduction dans l'europanalyse. Krisis 2 : transformer la phénoménologie de Husserl pour fonder la philosophie, Paris, Aubier
1994
Prolégomènes à une méthode d'europanalyse, Paris, L'Harmattan
1995
Vers une méthode d'europanalyse, Paris, L'Harmattan
1996
La traversée de l'immanence. L'europanalyse ou la méthode de la phénoménologie, Paris, Kimé
1997
La Science première, une pensée pour le présent et l'avenir, Paris, L'Harmattan
1999
Abrégé d'europanalyse : la pensée analytique et continentale, Paris, L'Harmattan (AE *)
2001
L'europanalyse et les structures d'une autre vie, Paris, L'Harmattan
2003
Merleau-Ponty dans l'invisible. L'Oeil et l'esprit au miroir du Visible et l'invisible, Paris, L'Harmattan
2008
Phénoménologie affective. Essai d'europanalyse appliquée, Paris, L'Harmattan


Articles

1977
Décomposition et recomposition phénoménologiques (Les Etudes philosophiques, n°1)
Mallarmé : le cheminement poétique vers le Livre (Revue de Métaphysique et de Morale, n°3)
1978
Les Incertitudes de l'Archéologie : Archè et Archive (Revue de Métaphysique et de Morale, n°1)
The Formation of Husserl’s Concept of Constitution de R.Sokolowski (Revue de Métaphysique et de Morale, n°4)
1979
Phénoménologie et téléologie reprise des questions de fond (Analecta Husserliana, vol.IX, 169-182, Tymieniecka (ed.), 1979, D. Reidel Publishing Company, Dordrecht, Holland)
Vers la Fin des discours (Les Etudes philosophiques, n°4)
1982
La philosophie du déclin de la philosophie et l'idée de nouveau monde (Revue Universitaire des Marches de l'Est, Septembre 1982. N spécial : Déclin de la civilisation ?)
Cette Insensée Philosophie… (Revue de Métaphysique et de Morale, n°3)
1986
Psychiatrie et psychiatrie phénoménologique. Binswanger, une métaphysique de la psychiatrie (L’Evolution psychiatrique, Tome 51, Fascicule 4)
1987
Derechef. Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ? (le Cahier du CIPH, n°4)
Au-delà du principe de philosophie (La décision philosophique n°1)
L'Un, une nouvelle condition de pensée (DPh n°3)
1988
La naissance de la science à l'époque de la philosophie en Europe (DPh n°5)
1989
Tout va bien ! (DPh n°7)
La science de l'homme immense (DPh n°9)
1990
Le Concept de clinique généralisée (Revue internationale de psychopathologie, n°1)
Le principe d'anarchie subjective et la psychiatrie (in Sujet et subjectivité, Erès)
Ariane, petite musique (Lettres philosophiques n°1)
1991
L'amour incisif (Lettres philosophiques n°2)
Une psychiatrie essentielle (in Psychiatrie et existence, décade de Cerisy, septembre 1989, Jérôme Millon, Grenoble, 1991)
1992
Le Transcendantal d'existence en psychiatrie (in Figures de la subjectivité, Editions du CNRS)
1993
Propos sur la crise de la philosophie (entretien : G.C. Kponsou, Lettres philosophiques n°6)
1995
La non-philosophie, l'europanalyse et Husserl (La non-philosophie des contemporains, Kimé)
Vers l'autre démarche : Ruyer, Merleau-Ponty, Deleuze (in R. Ruyer, de la science à la théologie, Kimé)
1997
L'économie du sacrifice (conférence prononcée à l'occasion centenaire de la naissance de Georges Bataille - réf. inconnue)
2006
La terre interceptée (revue L'homme précaire)

ANALECTE > Apposition

Les sciences offrent un exemple de langage analectique qui, sans se ruiner dans le fragment spatialisé ou l'aphorisme, dépasse la dialectique systématico-philosophique. Le langage de connaisance (co-naissance) n'a qu'une épaisseur culturelle résiduelle ; transparent par nature, solidaire de son objet, il s'article intimement au réel sur le mode de l'apposition. Ce procédé assume également l'articulation externe des modèles et du réel (apparemment extérieur) dans les formulations de la science. Délaissant les oppositions critico-spéculatives, les sciences apposent ou juxtaposent "simplement" un élément déterminant avec un élément déterminé. Par exemple, dans ce qui ne saurait constituer un "système" des sciences, les mathématiques forment l'instance déterminante à laquelle se juxtaposent des sciences physiques qui sont autant d'interprétations de cette première instance. Le concept d'analecte ainsi formé dépasse le sens habituellement gréco-culturel des Analecta, d'après le mot "analectos" qui signifie recueilli. Au regard de la dimension d'abord religieuse ou néo-religieuse du recueillement, qui se veut accueil de/dans la transcendance, l'analectique scientifique offre le principe d'une conversion ascendantale ou à sens unique, qui est connaissance non idéalisée et non-grecque. Elle fait droit à un mode d'"apparessence" interne ou réel, très différent du processus d'"apparaissance" phénoménologique grec, fondé sur la révélation théorique d'une lumière proposée à la perception ou l'entendement. Mais les Analecta désignent aussi les paroles du maître, recueillies et apposées les unes aux autres, dont le sens et la présence incontournables tiennent au hiatus préservé entre les morceaux choisis. Loin de se nouer en discours expressif, les lignes de significations se perdent et retournent au creux du fundus ainsi désigné. L'europanalyse est le discours analectique amplifiant et généralisant l'énoncé-noyau appositif. (1990)

lundi 10 novembre 2008

Présentation

L'Europanalyse désigne moins une doctrine personnelle qu'une méthode de pensée, découverte ou "inventée" par le philosophe contemporain Serge Valdinoci (Université de Reims). On trouvera dans ce blog une ébauche de lexique composé(*) à partir des livres de cet auteur, particulièrement méconnu, évidemment difficile - voire obscur, dirons ses détracteurs - mais d'une fécondité et d'une puissance de conception tout à fait hors norme. Contrairement aux "lexiques" à vocation pédagogique qui prolifèrent aujourd'hui, ce travail ne vise nullement à simplifier ou même à clarifier la pensée de Valdinoci ; plutôt il en accentue le caractère à la fois dense et vertigineux, d'une part en se concentrant (littéralement) sur le seul vocabulaire, d'autre part en se prenant au jeu d'une écriture en invention. Il s'agit donc de relever le gant et de se déclarer pour le moins candidat à la lecture.

Europanalyse et Non-Philosophie

Compagnon de route de François Laruelle dans les années 80, Serge Valdinoci s'est très vite affranchi de toute référence à la non-philosophie, pour développer une théorie indépendante et, dans une certaine mesure, antithétique avec celle de Laruelle. Certes, Valdinoci reprend l'hypothèse non-philosophique du Réel immanent, mais s'écarte pourtant de la non-philosophie laruellienne sur un point essentiel : l'"In" (ou l'"interne") qui remplace ici l'Un, est une instance de co-naissance vécue, soit la pensée même comme invention réelle. Pour Valdinoci, l'"Un" désigne bien le Réel absolu comme étant l'impensé gréco-philosophique, mais se limite à cette fonction de désignation sans introduire véritablement au réel de pensée. L'"europe" (avec une minuscule) est l'autre nom de cette équivalence du réel et de la pensée, mais posée en immanence, et non dans le rapport transcendantal de l'intérieur et de l'extérieur, comme en Europe-philosophie. Cette dernière expression (avec une majuscule) désigne le phénomène culturel gréco-judaïque sous sa forme maîtresse qu'est justement la philosophie ou la pensée conceptuelle. Tandis qu'en europe immanente, réelle, prédomine une pensée antéprédicative et antéculturelle qui, à la vérité, est la source vive de la rationalité philosophique. C'est l'Europe philosophie qui est prélevée sur l'europe réelle, de sorte que la problématique du fondement le cède à celle d'un "ef-fondrement" plus abyssal, en l'interne. Seulement, pour cerner cette essence européenne de la philosophie, par-delà son marquage et son origine culturels grecs, il faut procéder à une analyse réelle, à une "europanalyse" de la philosophie : oeuvrant dans le noir de l'effondré vertical européen, plutôt que dans le jour horizontal de l'Europe philosophie (dont "les Lumières" ne sont qu'une occurrence), la pensée analytique réelle se meut dans une naïveté culturelle radicale.
Valdinoci reproche d'ailleurs à la non-philosophie de concourir à une "couverture culturelle à structure philosophique", et de ne pas se plier à une autonomie de pensée suffisante. Inversement, Laruelle ne voit dans l'europanalyse qu'une "philosophie de l'immanence". Aux yeux du non-philosophe, l'europanalyse reconduit un défaut majeur de la forme-philosophie, à savoir la circularité de l'auto-référence et de l'autonomie, disons de l'auto- en général, car même produite en interne ou en immanence, la pensée inventive du réel n'équivaudra jamais à la pensée selon le Réel - dernière instance qu'il est hors de question, justement, de confondre avec la pensée... Quant aux philosophes français contemporains - qu'ils soient néo-analytiques, post-nietzschéens, déconstructeurs, phénoménologues - ils n'ont tout simplement, à notre connaissance, pas jugé utile d'ouvrir un seul livre de Valdinoci.

(*) Les textes sont rédigés à partir de notes de lecture et ne comportent pas de citations. La valeur "scientifique" universitaire d'un tel travail est donc nulle, ce qui (europanalytiquement) n'est guère problématique.